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Une reconstruction autour de la souveraineté technologique : une souveraineté nationale armée par une puissance scientifique et technologique locale

mai 11, 2020 | 0 Comments

Dès le début de la crise sanitaire, la recherche scientifique affriole les médias, qui, à leur tour, ne cessent pas de couvrir l’actualité du monde de la recherche. Cela ne peut que favoriser le dialogue entre savoirs et société et pousser le public à penser la vie post-crise, à s’outiller pour interroger les causes et les effets de la pandémie, et surtout à inventer le monde d’après.

On peut observer un progrès apparent du niveau de confiance du public à l’égard de la recherche scientifique au cours des trois dernières décennies et on ne peut pas s’abstenir de poser des questions sur cette ligne du temps qui retrace l’histoire des crises socio-économiques majeures de l’Histoire humaine : Les années 90 qui ont connu un grand déclin économique suite à la crise dite « de la vache folle », les débuts des années 2000 qui ont été marquées par des crises sanitaires ayant durablement atteint le monde économique et financier (le Syndrome respiratoire aigu sévère lié au coronavirus (SRAS) en 2003, la Grippe aviaire en 2009 et l’Épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2013), et enfin la Pandémie de Covid-19 (coronavirus) en 2019. Le fait que ces périodes correspondent à des moments de crise ne relève pas du hasard : on s’intéresse à la pandémie, à son origine et à ses conséquences quand on constate qu’elle fait défaut et qu’elle paralyse le pays en attaquant la santé et la sécurité publique, et quand il y a urgence à trouver les moyens de l’affronter. En somme, un scénario incertain ou une situation de pénurie peuvent forcer les sociétés à s’interroger sur ce qu’est la pandémie et à s’armer de connaissances pour cerner les véritables enjeux d’une telle crise. La science a toujours été au rendez-vous. Ce paradoxe, qui n’est qu’apparent, en appelle d’autre, tout aussi intéressants.

le vide créé par le politique, ouvre une brèche pour le scientifique :

Dans l’ensemble, on peut remarquer que le corps scientifique regagne une réelle place active au sein de la scène sociale. On parle aujourd’hui d’une nouvelle forme de confiance entre science et société. Cela ne peut qu’être encouragé, puisque, face à la crise sanitaire majeure de l’époque, l’expertise scientifique a un rôle d’interface crucial à jouer. Plusieurs entités de sondages ont enquêté sur l’intérêt des citoyens pour l’actualité scientifique et la confiance qu’ils accordent aux scientifiques. Une relation mitigée depuis des années, mais plus maintenant, malgré la circulation accélérée d’informations non référencées ou manipulées sur les réseaux sociaux et le développement faramineux des fake news qui remettent en cause le statut de l’information, y compris celui de l’information scientifique. La crise actuelle devra, sans aucun doute, conduire à renforcer cette confiance et ainsi le rôle joué par les scientifiques. D’autre part, elle met au premier plan une des grandes dimensions de l’activité scientifique, celle des controverses qui lui sont consubstantielles. Le grand public s’intéresse, de plus en plus, à travers cette période de difficultés économiques et sanitaires, à l’énoncé scientifique. Cela nous pousse à poser une question : peut-on utiliser la crédibilité de la science pour passer un message et dire que le remède pour contrer la crise du coronavirus est la reconstruction, et non pas la reprise ?

Pour répondre à cette question, il est prodigieux de s’interroger sur les raisons qui font que, en ce moment de crise, le pouvoir citoyen, une nouvelle « tendance » collective, mise beaucoup sur la diffusion et l’utilisation de la connaissance scientifique en milieu médico-biologique. La première raison est certainement liée à ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « l’économie du savoir » où les activités scientifiques et technologiques, ainsi que les compétences qui leur sont associées, se sont imposées comme des piliers de la réussite économique, mais aussi sanitaire. La seconde raison, qui n’est pas directement liée à la première, mais n’en est pas totalement indépendante non plus, est liée au climat général de confusion, de frustration et d’insécurité qui règne dans le monde entier, et qui est, d’ailleurs, tout à fait légitime. En effet, le grand public a juste enclin à faire confiance à l’institution qui fera preuve d’impartialité et d’équité, l’institution qui ne minimisera pas les doutes et n’exagérera pas les promesses et qui permettra une meilleure compréhension des déterminants environnementaux du cataclysme qui a bouleversé son quotidien. La réponse est : la Science.

Est-t-il profitable d’utiliser la recherche scientifique comme fer de lance pour une nouvelle stratégie de gouvernance ?

Cette difficulté doit être affrontée par les politiques et gérée de manière à construire néanmoins des consensus collectifs. Bon nombre de personnes étaient d’avis qu’il aurait fallu se préparer davantage à l’enchaînement des conséquences économiques et sociales de la crise, mais aussi à la détresse sanitaire et humaine. Le manque de préparation et la nonchalance politique en Tunisie risque de faire de sorte que les experts les plus chevronnés, mais aussi les citoyens, se trouvent, seuls, face à une situation d’incertitude radicale sur les développements futurs de cette crise.

En Tunisie, une grande incertitude règne quant à l’étendue de l’épidémie, et ce au vu et au su d’une politique quasi inefficace. Les politiciens font preuve d’une braillarde incompréhension quant aux enjeux liés à la perception du risque dans la population face à la pandémie. Leur seule et unique préoccupation est de s’accrocher à leurs privilèges.

Exemple, depuis les tout premiers cas de CoVid 19 sur le sol tunisien, la gestion sanitaire s’est appuyée sur les connaissances scientifiques sur le coronavirus au sens large (virologiques, cliniques, biologiques, épidémiologiques, sociologiques notamment). Et c’est pourquoi le gouvernement tunisien a installé (timidement) une instance scientifique pour éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au Coronavirus. Malheureusement, ce comité est restreint à la gestion de cette crise et il n’est pas institutionnalisé afin d’élargir ses pouvoirs et ses directives.

Pour un pays comme la Tunisie, la science est un luxe. Elle constitue la première des conditions d’un développement maîtrisé. L’objectif premier est de sortir de cette crise sanitaire avec le moins de dégâts social et économique. Il n’y a pas d’avenir pour un peuple s’il ne dispose pas d’un minimum d’indépendance, c’est-à-dire de moyens qui lui permettent de négocier avec des partenaires. La recherche doit contribuer à asseoir cette indépendance, en particulier dans les domaines de base que sont l’alimentation, la santé, les matières premières, l’énergie, les technologies modernes élémentaires, la culture.

La stratégie gagnante : reconstruction autour d’un souveraineté technologique ?

(relief, recovery, reform)

L’exemple de Franklin Delano Roosevelt est édifiant à cet égard. L’homme d’État américain, suite au Krach boursier d’octobre 1929, a fait tout le contraire de ce que fait le gouvernement tunisien actuellement. Il cherchait à piloter trois horizons d’action : l’intervention d’urgence, la relance, et un profond changement dans le projet de société (relief, recovery, reform). Cette perspective, a permis, entre autres, de refonder le système économique et financier mondial, dans la reconstruction de l’après-Seconde Guerre mondiale. En ce sens, il est clair qu’un simple effort de relance ne serait pas approprié à la nature et à l’ampleur des problèmes que nous traversons actuellement. En ce moment même, le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, parle bien d’une « reconstruction ». Il évoque une reconstruction de trois niveaux : une analyse économique pour reconstruire des systèmes mis à terre tant du côté de l’offre que de la demande ; l’exercice de la solidarité, au sein des sociétés nationales et à l’international ; et enfin, la nécessaire refondation d’un projet politique autour de la coopération, comme ce fut le cas pour l’Europe de l’après-guerre.

Certains d’entre nous pensent que la globalisation est, comme elle l’a toujours été, le remède miracle et qu’un retour à la normale post-Covid-19 est nécessaire. D’autres pensent que le repli sur soi est la solution idéale, une manière de s’éloigner de la réalité affreuse parce que, disons les choses franchement, cette crise a réussi à entraîner une érosion de la confiance en autrui. Nous continuons à croire que la globalisation accélérée est plus que jamais reconnue comme un ressort important du développement économique. Néanmoins, il est peut être temps de faire le bilan des trente dernières années et de voir, ou pas, les choses autrement. Depuis 1990 le nombre de personnes vivant sous le seuil de la grande pauvreté est passé de presque 2 milliard à 700 millions (de 35% à 10%). Mais cette globalisation était manifeste et nous a coûté cher : déstabilisation des économies les plus développées, chômage et fragilisation de régions entières et intensification des transports, etc. La crise du Covid-19 renforce évidemment les risques, et donc les coûts associés, puisque l’un des principaux facteurs de diffusion concerne l’hypermobilité des personnes sur la planète.

Autour d’une souveraineté technologique

Comme le dit l’expression, jamais deux sans trois. Il faut œuvrer pour le retour d’une coopération internationale tout en gardant une souveraineté nationale armée par une puissance scientifique et technologique locale.

Il est donc indispensable de maîtriser dans les années qui viennent un certain nombre de technologies de rupture. Je pense en particulier à l’intelligence artificielle, à la nano-électronique et aux calculateurs quantiques, surtout dans la production des énergies renouvelables. Un pilier de la souveraineté d’un pays comme la Tunisie par exemple, est sa souveraineté énergétique. Les énergies renouvelables pourront permettre à la Tunisie de se prémunir des aléas des marchés mondiaux de l’énergie et des risques géopolitiques qui y sont associés. L’Histoire et l’actualité montrent qu’il est difficile de prévoir les aléas des marchés mondiaux de l’énergie : chocs et contre-chocs pétroliers, essor du gaz et du pétrole de schiste, géopolitique du gaz. Actuellement, le déficit de la balance énergétique s’établit à 435,5 MD (44,9% du total du déficit) en janvier 2020.

Revenons à la souveraineté technologique; cela reste un concept vague, certes, mais qui a le mérite d’être à la fois prometteur et consensuel, surtout étant en ligne avec les nouvelles réalités technologiques et géopolitiques. Sa mise en œuvre sera cruciale pour la sécurité de la Tunisie. L’expression d’une telle volonté au niveau national marquera un changement politique considérable. Jusqu’à présent, la dépendance technologique était plutôt un non-sujet pour la plupart de nos politiciens, mais aussi pour nos institutions.

Article rédigé par : Sakr Manai

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